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Nous sommes tous des influenceurs... avec nos photos

Mis à jour le 28 mai 2021

Texte (c) Danielle Landry, De ville en forêt

La nature offre un nouveau ravissement d'une saison à l'autre. Qui peut résister au plaisir de sortir son téléphone pour capter un moment magique dans un paysage de rêve? Il n'est pas rare de nos jours qu'on dégaine notre appareil avant même d'avoir pris le temps de profiter de la vue. C'est si facile de partager son bonheur d'être en nature dans les réseaux sociaux! 

Derrière cette image idyllique se profile une réalité préoccupante. En effet, plusieurs sentiers et sites parmi les plus prisés sont menacés par une fréquentation de plus en plus intense et par le manque de soin qu’on leur accorde. Les Sentiers de l’Estrie, qui relient des sommets de la chaîne des Appalaches, forment le plus ancien corridor de longue randonnée au Québec. « La perte consécutive de droits de passage a fait en sorte qu’on ne peut plus le parcourir dans son intégrité », déplore Nadia Fredette, directrice générale des Sentiers de l’Estrie. « Le comportement inadéquat de certains a fini par décourager des propriétaires de laisser passer les marcheurs sur leurs terres privées », explique-t-elle.? 

Les limites des appareils photo ne cessent d’être repoussées et les réseaux sociaux ont ouvert un monde de possibilités. De nos jours, tout le monde peut plus ou moins s’improviser photographe. Vos propres photos révèlent-elles un souci de préserver les lieux naturels et leur beauté? Cet article vous propose quelques balises qui pourront vous guider au moment de capter des images et de les partager. Ces balises sont fondées sur les sept principes Nature First, un cadre de référence sur la pratique durable et à faible impact de la photographie. 

Faire passer le bien-être de la nature en premier et la photo en deuxième

En nature, les humains sont les hôtes d’un milieu aux caractéristiques uniques et fait d’une diversité d’écosystèmes fragiles. Toutes les précautions sont bonnes pour que votre quête photographique ne se fasse pas au détriment du monde naturel. Par exemple, la recherche d’une bonne prise de vue ne pourra jamais justifier d’appâter les animaux sauvages, de tenter de les amadouer ou d’imiter leurs cris pour qu’ils se rapprochent. Usez plutôt de patience. Déplacez-vous en douceur, sans rien brusquer. Dans tous les cas, rappelez-vous de prévenir les impacts que vous pouvez éviter et de réduire les impacts qui sont inévitables

Protéger les écosystèmes fragiles lors de la photographie

Se renseigner sur les endroits qu’on photographie

Différents environnements naturels requièrent différentes pratiques pour les protéger. Avant de visiter un milieu naturel, informez-vous auprès de l’organisme gestionnaire. Par exemple, savez-vous s’il est permis de sortir des sentiers pour vous rapprocher d’un point d’intérêt à photographier? Savez-vous minimiser l’impact de vos déplacements sur la flore et dans les zones plus vulnérables au piétinement? Connaissez-vous les périodes et les aires de reproduction de la faune pour éviter de vous en approcher de trop près? Savez-vous comment vous comporter avec les différentes espèces animales en voulant les prendre en photo? 

Réfléchir à l’impact possible de ses actions 

Les vues aériennes captées par les drones révèlent les paysages d’une manière totalement inédite. Lorsqu’il utilise un drone, le réalisateur et le photographe d’aventure Yan Kaczynski demande toujours l’accord des gens sur place. « J’avertis les personnes que le bruit et le mouvement d’un drone peuvent être dérangeants », précise-t-il. 

Les photographes amateurs qui utilisent des drones à des fins récréatives doivent le faire uniquement dans les endroits où la réglementation le permet. Ils doivent aussi les manipuler avec prudence et à une distance réglementaire des autres personnes et des animaux. Il s’agit d’éviter de les exposer à des nuisances ou des risques de blessure. Prenez le temps de consulter les lignes directrices sur la protection de la vie privée à l’intention des utilisateurs de drones émises par Transport Canada. Prendre des photos devrait être sans conséquence pour les autres. Y penser à deux fois avant de capter ou de publier une image devrait éliminer tous les risques de nuire à leur expérience. 

Vue du haut des airs par drone parc régional du Mont-Ham

Faire preuve de discrétion si on partage des emplacements  

On sait maintenant que le partage des emplacements a une incidence significative sur leur fréquentation. Aussitôt qu’un endroit a une apparence agréable sur photo, il attire les photographes et les visiteurs en très grand nombre. Plusieurs sites naturels se dégradent sous l’effet de cet afflux de visites. Dans d’autres cas, comme sur les Sentiers de l’Estrie, la demande pour les espaces de stationnement dépasse largement la capacité et entraîne régulièrement des débordements sur les propriétés privées aux alentours.  

Si vous décidez de partager des emplacements, privilégiez les endroits déjà bien connus ou ceux qui risquent moins d’être endommagés par une hausse d’achalandage. Envisagez la possibilité de ne pas publier de photos d’espèces ou d’habitats particulièrement sensibles sur les réseaux sociaux. Même si elles ne sont pas géolocalisées, vos images peuvent inciter des photographes ou des visiteurs à se rendre aux endroits qu’ils ont reconnus ou à partir à leur recherche. 

Point de vue : Faire preuve de discrétion avant de géolocaliser vos photos

Connaître et suivre les règles et la réglementation 

Sortir des sentiers et s’aventurer dans une zone où l’accès est interdit pour prendre une belle photo peut être bien tentant. Réunir la famille pour une photo autour d’un feu de camp, malgré l’interdiction d’allumer un feu hors des emplacements désignés, peut l’être tout autant. Il est facile de se convaincre que ses gestes sont sans conséquences si on pense être les seuls à les poser ou être en droit de le faire.  

En vous informant de la réglementation en vigueur dans le parc à visiter, vous comprendrez mieux les menaces dont on doit obligatoirement protéger les milieux naturels. Vous apprendrez à respecter les espèces et les habitats de la faune et de la flore qui font l’objet de protections légales. En suivant les règles, vous contribuerez aussi à limiter l’imposition de nouvelles restrictions d’accès par les organismes gestionnaires.

Suivre les sept principes Sans trace et laisser les lieux dans un meilleur état que celui dans lequel on les a trouvés 

L’organisme Sans trace Canada fait la promotion des sept principes Sans trace pour une éthique responsable du plein air. Les sept principes Sans trace proposent des pratiques et des techniques de réduction des impacts des activités en plein air. Consultez-les pour apprendre à mieux protéger les sols, la flore, la faune, les ressources en eau ainsi que le patrimoine naturel et culturel dans les aires naturelles. Aussi inoffensif que cela puisse paraître, la photo de votre tente plantée sur un tapis de fleurs ou sur le bord d’un lac peut entraîner des impacts négatifs en cascade. D’autres personnes suivront votre exemple, et contribueront éventuellement à l’érosion des rives et à la destruction d’un habitat essentiel pour la vie sauvage, ou encore empêcheront la végétation de croître de nouveau dans une aire piétinée. Non seulement de telles actions laissent des traces dans le paysage et nuisent à la vie sauvage, mais elles forcent les gestionnaires à restreindre l’accès aux sites et à entreprendre leur restauration.  

Avant de quitter les lieux que vous avez photographiés, prenez le temps d’améliorer leur apparence. Vous pouvez ramasser les déchets à l’abandon, replacer les objets de la nature – pierres, coquillages, rondins de bois – à leur emplacement original, et remettre une couche de feuilles mortes, de brindilles ou d’aiguilles de pin sur le sol pour lui redonner son aspect naturel. 

Promouvoir et transmettre les sept principes autour de soi 

Les réseaux sociaux ont transformé la façon dont on se rapproche de la nature pour apprécier sa beauté. Quelle que soit la taille de votre auditoire, vous êtes en mesure d’enseigner ces principes aux autres. En partageant des photos responsables de vos expériences en plein air, vous pouvez inciter plus de personnes à mieux protéger les beaux lieux de nature.  

« Je crois que les adeptes de plein air devraient se sentir responsables de porter le message et de devenir des leaders positifs », soutient Nadia Fredette. C’est le temps ou jamais pour les photographes amateurs d’adopter une pratique durable et à faible impact de la photographie afin d’agir en véritables influenceurs à travers le Québec

 

Danielle Landry voit dans l’engouement pour la nature et l’aventure l'occasion de prendre soin du réseau grandissant des parcs régionaux du Québec. Danielle a fondé De ville en forêt dans le but de rehausser le savoir-faire et la fierté des Québécoises et Québécois pour la pratique d’un plein air responsable et durable. De ville en forêt est partenaire de Sans trace Canada et du Leave No Trace Center for Outdoor Ethics, et membre de Tourisme durable Québec